Démolition de navires

En Bretagne, certains bateaux de pêche prennent une retraite bien méritée sur les ronds-points de communes littorales, d'autres finissent dans des cimetières de navires.

Chalutier Thierry Alain, périphérie de Pont l'Abbé

© Photos Philippe Malpertu

Cimetière de bateaux de Douarnenez

En ce qui concerne les paquebots, super-pétroliers et porte-conteneurs nous manquons peut être de place, puisqu’on les retrouve sur les plages indiennes en attente de démolition. Il arrive qu’un de ces bâtiments ne veuillent pas mourir et effectue presqu’un tour du monde pour revenir au pays qui l’a vu naître. Le « Blue Lady», ex « Norway », ex « France » lui, n’a pas la chance du « Clémenceau », Sardou a chanté: « Ne m’appelez plus jamais « France », la France elle m’a laissé tomber », il patiente sur la plage d’Alang que les ouvriers indiens armés de leur chalumeaux veuillent bien s’occuper de son sort . Il a transporté des milliers de passagers et de nombreux marins ont embarqué à son bord, mais ce n’est pas une circonstance atténuante qui pourrait lui valoir un sursis Il n’est pas le seul a être dépecé ainsi et ne sera pas le dernier. Les navires, comme les humains, ont une vie, c’est ce qu’écrivait Raymond LESTONNAT.

Blue Lady (ex Norway, ex France) sur la plage D'alang

Photo rêve de France

 

 

Comme vous pouvez le constater sur la photographie précédente, le mât radar a été enlevé. Le paquebot est maintenant muet, mais vous pouvez entendre la sirène du France en cliquant ci-dessous

 

 

L'ILLUSTRATION du 28 juillet 1934

La carrière d'un navire: Du berceau au tombeau par Raymond LESTONNAT. Extrait

Il prend la mer, brillant, pimpant, fleurant bon le vernis au tampon et l'émail qui glace les parois des aménagements; les cuivres étincellent, le ronronnement rythmé de ses moteurs, le battement régulier de ses hélices témoignent de la puissance de ses organes; sa bonne tenue sur les lames est l'indice de sa parfaite stabilité; ses pavillons hissés à bloc en tête de mât claquent au vent; il sent qu'il est l'orgueil de son maître. mais lorsque l'âge mûr arrive, son allure se ralentit et devient plus solenelle, son ardeur premier décroit, et sous le fard de la peinture les crevasses apparaissent: bientôt il ne sera plus que second de la flotte de sa compagnie. Il n'en a pas pour longtemps à faire encore figure de paquebot: On le vendra quelque jour.

Les navires ont une vie comme les êtres, et comme eux ils vieillissent. Or, rien n'est plus triste que cette lente déchéance contre laquelle les soins les plus attentifs ne peuvent rien; quoi qu'on fasse, un jour viendra où, allégés de leurs roufs, vidés de leurs eménagements, ils transporteront du café du Brésil ou de la pâte de bois de Norvège, du vin d'Algérie ou des billes d'acajou de la Côte Occidentale d'Afrique: ils deviendront saisonniers. Si le paquebot déchu à la vie dure, peut être descendra-t-il plus bas encore: il deviendra charbonnier, mendiant de fret, vagabond du trafic, jusqu'à la ruine complète. Ce jour-là on l'enverra à l'abatoir, à l'ouvert du port, sur la plage, où l'on échoue les épaves brutalement pour faciliter la besogne des démollisseurs qui les massacrent à coups de masse: son squelette se dressera quelques temps encore avec son enchevêtrement de tôles rouillées et les plaies informes de ses flancs; alors sera dressé l'acte de décès sur les registres d' "état civil"... Et son seul espoir d'échapper à cette fin misérable est que quelque autre bateau étourdi le coupe en deux et l'envoie au fond, quelque part, mourir de sa belle mort dans la nuit abyssale.

 

 

Le colbert à l'entrée du goulet de Brest en route vers le cimetière de navires de Landévennec

Le retour du Clémenceau à Brest

Le cimetière de navires de Landévennec. Navires en attente de démolition

Le croiseur Colbert et les avisos Détroyat et Jean Moulin qui servaient de brise-lames au Yacht Club de la marine à Brest

© Photos Daniel Jégou

-----------------------------------

contact@merite-maritime29.org